L'élargissement de l'UE aux Balkans occidentaux

Résumé : Le processus d'élargissement de l'UE s'est enlisé au cours de la dernière décennie et il semble qu'il y ait peu de chances que l'un des États candidats actuels obtienne son adhésion dans un avenir proche. Sylvain Zeghni écrit qu'un échec du programme d'élargissement de l'UE aurait des répercussions importantes sur la crédibilité de l'UE en tant qu'acteur mondial, d'autant plus que d'autres États, comme la Chine, jouent désormais un rôle de plus en plus important dans les Balkans occidentaux.

 

808x432 story a3edfa8f fcad 5869 9098 baef304b9cc9 206483Source : https://fr.euronews.com/2018/02/15/la-strategie-de-l-ue-pour-les-balkans-occidentaux

 

Avant le dernier sommet UE-USA, Charles Michel, président du Conseil européen, a annoncé avec enthousiasme que "l'Amérique est de retour". Plusieurs événements survenus lors de la visite du président Biden en Europe ont justifié cette déclaration.

Premièrement, le sommet de l'OTAN qui s'est tenu à Bruxelles le 14 juin a apaisé les tensions entre certains membres européens de l'OTAN et les États-Unis, tout en ciblant les principaux défis en matière de sécurité émanant de la Chine et de la Russie. Deuxièmement, une source essentielle de friction commerciale entre les États-Unis et l'UE a été résolue avec la signature d'un accord sur le conflit commercial entre Boeing et Airbus.Cela a potentiellement ouvert la voie à de nouvelles négociations sur un accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis au cours de la présidence Biden. Troisièmement, les États-Unis ont rassuré leurs partenaires européens en leur indiquant qu'ils étaient prêts à faire des compromis sur le changement climatique.

Les États-Unis se sont maintenant réengagés dans les priorités déclarées de l'UE que sont la sécurité, le commerce et le changement climatique. Mais une question demeure : si l'Amérique est "de retour", quand l'UE reviendra-t-elle sur ces questions ? Dans ces trois domaines, l'UE est restée largement dans l'expectative.

Les nouveaux défis auxquels l'UE est confrontée appellent des perspectives différentes et une mise à jour du pragmatisme qui caractérise l'élaboration des politiques européennes depuis la crise financière de 2008. La reprise économique de l'UE depuis 2008 a été faible et une reprise tout aussi faible a été constatée pendant la pandémie, en particulier dans le sud de l'Europe.

Sur le plan géopolitique, le printemps arabe et la crise ukrainienne ont renforcé l'approche de l'UE en matière de "soft power". On peut dire que l'UE est aujourd'hui une puissance plus "soft" qu'il y a dix ans. Avec le nouveau plan de relance de la pandémie, l'UE donne quelque chose en retour à ses États membres. Mais que peut-elle offrir à l'Europe dans son ensemble ?

L'enlisement du processus d'élargissement de l'Europe

Une semaine après la visite de M. Biden, la conférence sur l'avenir de l'Europe a occupé le devant de la scène au Parlement européen. Parmi les conclusions, on note l'engagement d'ouvrir le processus d'élargissement aux pays des Balkans occidentaux. Pourtant, quelques jours plus tard, le Conseil européen a décidé de ne pas franchir les prochaines étapes vers l'adhésion de l'Albanie et de la Macédoine du Nord.

Cette fois, à côté du pragmatisme du Danemark, de la France et des Pays-Bas, c'est la Bulgarie qui a cherché à poser des conditions liées aux fondements ethniques et à l'histoire de la Macédoine du Nord comme critère d'adhésion du pays à l'UE. C'est plus ou moins le récit du processus d'élargissement de la dernière décennie : des engagements institutionnels pour inclure les Balkans occidentaux dans l'UE et des divergences politiques entre les États membres pour fixer un agenda commun à cette fin.

Le processus d'élargissement de l'UE a visé à préserver la paix, étant donné l'implication des pays des Balkans occidentaux dans les conflits de l'ex-Yougoslavie. Les défis à relever dans la région sont considérables par rapport au précédent élargissement "big bang" de 2004, notamment en ce qui concerne les transformations économiques et l'État de droit. La trajectoire actuelle du processus d'intégration est également très différente des élargissements précédents. Il en résulte des obstacles supplémentaires dans les procédures qui existent indépendamment des critères de Copenhague et de la Commission européenne.

Plutôt que de se concentrer sur les avantages de ce processus, l'approche de l'UE a eu tendance à pencher vers le pragmatisme. Et ce, malgré le fait que l'intégration des États des Balkans occidentaux dans l'UE réduirait potentiellement le risque de conflits futurs et tiendrait à distance d'autres acteurs susceptibles de saper la stabilité de l'Europe par leurs activités commerciales et d'investissement dans la région. De fréquentes déclarations depuis les années 2000 ont rassuré les Balkans occidentaux sur le fait qu'ils seront de futurs membres de l'UE, mais la manière dont cette promesse sera tenue n'est toujours pas claire.

Depuis la fin de la guerre froide, la communauté internationale a ajouté différents mécanismes pour renforcer la sécurité mondiale. L'interdépendance s'est largement développée, même parmi les économies émergentes, ce qui a déclenché des flux commerciaux mondiaux. En Europe, ce principe d'encouragement de l'interdépendance a produit des résultats substantiels, non seulement en termes de sécurité économique, mais aussi au niveau social.

Dans ce contexte, la sécurité est largement considérée comme une exigence fondamentale pour assurer la croissance économique et la stabilité sociale. Tant les eurosceptiques que les europhiles s'accordent à dire que l'intégration européenne n'est pas seulement un projet économique, mais aussi un projet axé sur la paix et la sécurité. En effet, le marché unique de l'UE ne serait pas possible sans la sécurité en Europe.

Les États membres de l'UE doivent reconnaître que, malgré la diversité de leurs points de vue sur le processus d'élargissement, l'échec du programme d'élargissement affaiblirait la capacité de l'UE à promouvoir la paix et la prospérité en Europe. Il remettrait en question le statut de l'UE en tant que modèle pour le reste du monde, tout en sapant ses efforts pour promouvoir une meilleure gouvernance mondiale, la transition vers une économie verte, les droits de l'Homme et la démocratie. L'élargissement de l'UE a incontestablement contribué à renforcer la sécurité en Europe et a aussi clairement profité au marché unique.

La concurrence de la Chine

Le Parlement européen a encouragé les autres institutions de l'UE, notamment le Conseil européen, à accélérer le processus d'élargissement en raison du rôle de plus en plus important que d'autres États jouent désormais dans les Balkans occidentaux.

Lors des récents sommets du G7 et de l'OTAN, l'Italie et l'Allemagne ont exprimé leur scepticisme quant à la menace que représente la Chine pour l'Europe. La Chine est un marché important pour les exportations allemandes, et elle a fait les gros titres en apportant une aide précoce à l'Italie lors de la première vague de la pandémie de Covid-19. L'Italie est également le seul pays d'Europe occidentale à avoir choisi de participer à l'initiative chinoise "Belt and Road".

Les Balkans occidentaux représentent moins d'un pour cent du PIB de l'UE. L'impact de l'initiative "Belt and Road" dans la région, qui a un besoin urgent d'amélioration de ses infrastructures, pourrait être considérable. La Chine s'est montrée de plus en plus disposée à cultiver des relations avec les économies émergentes et la question qui se pose maintenant à l'UE est de savoir comment elle peut protéger l'attrait de son modèle de gouvernance.

Tout cela repose sur le processus d'élargissement. Les négociations, avec leurs multiples chapitres et critères de référence, constituent un mécanisme permettant de maintenir le rêve d'adhésion des États des Balkans occidentaux, mais il n'est pas certain que ces États puissent résister à cette stratégie.

Pour faire face à ce processus bloqué, l'UE doit à nouveau placer l'élargissement au centre de son agenda. Cette politique reste sans aucun doute un récit utile pour lier la sécurité régionale des Balkans occidentaux à la sécurité européenne, mais il n'en reste pas moins qu'il y a peu de raisons de croire que les États de la région sont susceptibles de rejoindre l'UE dans un avenir proche.

 

Pour aller plus loin

https://www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/168/the-western-balkans

https://www.vie-publique.fr/en-bref/276787-elargissement-de-lue-quelles-avancees-pour-les-balkans-occidentaux

https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/les-balkans-occidentaux-seront-une-priorite-de-la-presidence-tcheque-du-conseil-en-2022/

https://www.eesc.europa.eu/fr/agenda/our-events/events/8e-forum-de-la-societe-civile-des-balkans-occidentaux

https://www.franceculture.fr/geopolitique/quand-le-v4-groupe-de-visegrad-vole-au-secours-de-candidats-boudes-par-leurope

https://www.eu-logos.org/2021/04/28/lintegration-des-balkans-occidentaux-au-sein-de-lunion-europeenne/

 

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