Inclusion urbaine en Europe

Résumé :

Un certain nombre d'initiatives européennes ont été mises en œuvre pour contribuer à faire des zones urbaines d'Europe des espaces plus inclusifs pour les personnes qui y vivent. Pourtant, comme l'explique Sylvain Zeghni, l'essentiel de l'attention s'est jusqu'à présent concentré sur les grandes villes. Ils affirment que si l'UE veut sérieusement améliorer l'inclusion, elle doit mieux intégrer les voix des petites et moyennes villes.

 

La distance politique, économique et sociale croissante entre les zones métropolitaines et "le reste" est désormais un fait largement établi en Europe. Ce clivage urbain-rural a été fréquemment invoqué pour expliquer le Brexit, les effets inégaux de la mondialisation et d'autres phénomènes récents.

Cependant, entre la ville globale et le village rural, il existe un continuum d'autres contextes urbains qui ne trouvent pas facilement de représentation dans ce cadre. Dans l'Union européenne, plus d'un citoyen sur trois vit dans des villes de 5 000 à 100 000 habitants, et pourtant les zones urbaines de petite et moyenne taille sont généralement ignorées dans les cercles universitaires et politiques axés sur la ville.

Cette situation se reflète également dans les réseaux urbains transnationaux, dont la participation est fortement déséquilibrée en faveur des grands centres urbains. Ces réseaux sont des espaces clés pour la politique urbaine, mais très peu de villes de moins de 100 000 habitants y participent. Dans les réseaux transnationaux de la société civile - qui relient les organisations de la société civile plutôt que les gouvernements locaux - cette absence est encore plus marquée.

Négliger les besoins spécifiques de ceux qui vivent et travaillent dans des contextes urbains plus petits est particulièrement problématique en ce qui concerne les initiatives d'inclusion et de lutte contre le racisme. Bien que la diversité ethnoculturelle augmente dans les zones urbaines de toutes tailles, les débats sur la gouvernance locale de la diversité se concentrent généralement sur les grands centres. Les demandes avancées par les réseaux transnationaux sur les questions d'inclusion et de lutte contre le racisme sont principalement basées sur les expériences des grandes villes (et souvent plus riches). Il est vital de développer de nouvelles formes d'échange de connaissances qui incluent les voix de ceux qui vivent dans des espaces urbains plus petits.

Pourquoi les collectivités locales sont au cœur de l'inclusion

L'inclusion est une question fondamentalement locale. Si les migrations peuvent être régies au niveau national (ou supranational), c'est dans les villes que les gens interagissent au quotidien. C'est pourquoi, en Europe et au-delà, on s'intéresse de plus en plus au rôle des collectivités locales dans la promotion de l'inclusion, comme en témoigne la profusion de réseaux, d'initiatives et de plans d'action.

Les objectifs de développement durable des Nations unies visent spécifiquement à rendre les aires urbaines "inclusives". Les populations urbaines augmentant rapidement et dépassant les populations rurales dans le monde entier, il y a un intérêt croissant à remodeler les politiques d'inclusion (mais aussi environnementales, numériques et de bien-être) dans une perspective urbaine. Ce "virage urbain" a été particulièrement mis en avant en Europe, et l'année 2020 a vu la signature de la nouvelle charte de Leipzig, qui promet de mobiliser "le pouvoir de transformation des villes pour le bien commun".

Mais les villes ne sont pas seulement les objets des politiques nationales et internationales. Les administrations locales sont également des sujets politiques forts et visibles, en mesure de développer des politiques d'inclusion ciblées, en évitant l'approche unique typique des autorités nationales. L'importance des administrations locales est devenue encore plus évidente pendant la pandémie de Covid-19.

Au cours de la dernière décennie, les institutions internationales ont renforcé le rôle des administrations municipales dans la promotion de l'inclusion. Plusieurs réseaux de villes ont été créés pour promouvoir la diversité et combattre la discrimination. Plus récemment, la Commission européenne a reconnu le rôle fondamental des villes et autres autorités locales dans la promotion de la diversité et la lutte contre la discrimination dans ses plans d'action sur l'intégration et l'inclusion et sur la lutte contre le racisme.

Villes de petite et moyenne taille

L'absence des villes de petite et moyenne taille dans ces initiatives est problématique pour au moins trois raisons. Premièrement, une proportion importante de la population européenne vit dans ces zones. Environ 70 % de la population européenne réside dans une zone urbaine, mais environ 56 % de cette population urbaine se trouve dans une petite ville ou une ville moyenne. La variété du contexte urbain européen est encore plus frappante lorsqu'on la compare à celle d'autres pays comme les États-Unis, où une plus grande proportion de la population vit dans des grandes villes de plus de cinq millions d'habitants.

Deuxièmement, les villes de petite et moyenne taille se diversifient. Les pays de l'UE présentent des niveaux d'urbanisation différents, ce qui influe à son tour sur la répartition des migrants entre les zones urbaines et rurales. Toutefois, en Italie, plus de la moitié des personnes de nationalité étrangère vivent dans des villes de moins de 50 000 habitants. En Allemagne, les migrants ont tendance à s'installer d'abord dans les grandes villes de l'ouest du pays, mais environ 20 % des personnes issues de l'immigration vivent dans une ville de taille moyenne et environ 16 % dans une petite ville.

Le Royaume-Uni contraste avec les autres pays car les minorités ethniques sont fortement concentrées dans quelques villes. Même au sein de ces villes, la concentration est importante dans quelques quartiers seulement. Malgré cela, la diversité gagne du terrain dans les petites et moyennes villes du Royaume-Uni. Les données du recensement indiquent que presque toutes les autorités locales du pays ont augmenté leur niveau de diversité depuis 2001.

Si les grandes villes représentent le premier point d'arrivée des migrants et des réfugiés, nombre d'entre eux se déplacent ensuite vers des centres plus petits. Ce point est important, car même si les petites et moyennes villes ne sont pas touchées par les premières vagues d'immigration, elles auront probablement besoin de structures interculturelles et antidiscriminatoires à long terme.

Enfin, les expériences de gouvernance de l'inclusion dans les petites zones urbaines peuvent être différentes de celles des grands centres urbains. Le clivage urbain-rural très marqué qui existe aujourd'hui dans de nombreux pays européens suggère que, même si certaines approches peuvent être transposées dans toutes les zones urbaines, il existe des défis et des expériences spécifiques dans les villes de petite et moyenne taille qui nécessitent des approches et des cadres d'analyse spécifiques.

Au sein des réseaux de villes et de la société civile, l'absence de représentants des petites zones urbaines s'est maintenue pendant la pandémie, lorsque la plupart des réunions et des activités se sont déplacées en ligne. Cela suggère que les obstacles à la participation peuvent aller au-delà des problèmes de budget de voyage. Les petites et moyennes villes, ainsi que les organisations de la société civile qui y opèrent, peuvent manquer des compétences et des ressources communes aux grandes villes. Cela peut rendre les approches développées par ces réseaux inadaptées aux petites zones urbaines. Cette dynamique peut en fin de compte accroître, au lieu de le combler, le fossé socio-économique et politique croissant entre les zones métropolitaines "prospères" et les espaces périphériques "laissés pour compte".

Perspectives d'avenir

Les migrants doivent pouvoir mieux se faire entendre dans les villes de petite et moyenne taille. De même, les représentants de ces villes devraient se voir offrir davantage de possibilités de participer efficacement aux réseaux internationaux. Ces réseaux doivent trouver le moyen d'inclure les voix et les besoins de ceux qui représentent et vivent dans les petites zones urbaines.

Il convient d'approfondir les recherches sur les obstacles à la participation aux réseaux que rencontrent les petites zones urbaines. L'objectif devrait être de concevoir des pratiques de mise en réseau qui tiennent compte des expériences, des problèmes, des innovations et des aspirations de toutes les zones urbaines, et pas seulement des grandes villes. Il ne suffit pas de conserver les mêmes pratiques et de les étendre aux petites municipalités. Pour être véritablement transformateurs, les réseaux devront trouver de nouvelles méthodes de travail permettant de recueillir les expériences de ces petites zones urbaines et de promouvoir des pratiques inclusives qui s'étendent au-delà des grands centres de population.

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