Changement climatique et conflit au Sahara occidental

Souvent qualifié de "dernière colonie d'Afrique" ou de "plus grande prison du monde", le Sahara occidental est un territoire en conflit depuis la colonisation espagnole, et reste à ce jour l'un des conflits les plus anciens et les plus négligés. Avec l'apparition de nouvelles hostilités et la transformation du conflit en un conflit fondé sur les ressources, le changement climatique risque fort d'exacerber les griefs et d'accroître l'intensité du conflit. Il ne faut pas l'ignorer.

Contexte du conflit :

Le conflit au Sahara Occidental a commencé après une insurrection du Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro (Front Polisario) en 1973, qui a conduit au retrait des forces colonisatrices espagnoles. La souveraineté sur le Sahara occidental a été attribuée au Maroc et à la Mauritanie en 1975. Cela a obligé 125 000 Sahraouis à fuir vers l'Algérie voisine et à s'installer dans la région de Tindouf, où environ 175 000 Sahraouis vivent encore aujourd'hui dans des conditions économiques, environnementales et sociales difficiles. Une guerre a alors éclaté entre le Front Polisario, le Maroc et la Mauritanie, et de multiples efforts de paix ont vu le jour dans les années 1990 et 2000, comme la mission de maintien de la paix et de référendum de l'ONU (MINURSO), qui n'a pas réussi à régler la dispute entre les Sahraouis et le gouvernement du Maroc. La violence a de nouveau éclaté tout au long des années 2010, à cause de luttes pour la distribution des ressources.

Alors que le front Polisario fait désormais office de gouvernement en exil de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) autoproclamée, la question de la souveraineté n'est toujours pas résolue, et le conflit non plus. En mai 2019, l'envoyé spécial de l'ONU a démissionné, et les hostilités ont repris en décembre 2020, empêchant toute solution potentielle.

Le rôle des ressources dans le conflit :

Alors que la plupart des conflits sur les ressources en Afrique du Nord émergent tiennent à la rareté des ressources telles que l'eau, le conflit du Sahara Occidental est ravivé par la présence de ressources précieuses. D'une valeur de plus de 500 millions de dollars, la pêche et le phosphate découverts au Sahara créent de nouveaux motifs de conflit dans la région. En raison de la rareté générale et de la montée en flèche de la demande pour les deux ressources, ces réserves sont devenues un argument décisif pour le Maroc de rester au Sahara Occidental. Le Maroc a maintenant non seulement un motif idéologique, mais aussi économique à maintenir son contrôle sur le territoire, car l'extension du territoire à travers le Sahara Occidental est susceptible d'augmenter le PIB. Les perspectives possibles du pétrole créent un argument supplémentaire du côté marocain pour ne pas accorder l'autonomie sahraouie sur le territoire, sans parler de l'autodétermination et de la souveraineté.

En scandant des slogans tels que "le peuple sahraoui souffre tandis que ses richesses sont pillées", et "nos ressources, nous ne les voyons pas, elles ne nous voient pas", les manifestations sahraouies dénoncent un processus de marginalisation. Étant largement exclus à la fois de l'exploitation et des revenus des ressources sur leurs territoires, ce processus de captation des ressources ne fait qu'exacerber leurs griefs.

Le rôle du changement climatique dans le conflit

En réduisant l'accès global aux ressources qui sont disponibles au Sahara Occidental, le changement climatique exacerbera les dynamiques mentionnées ci-dessus. Mais il créera également de nouvelles dynamiques et de nouveaux motifs pour les griefs sahraouis.

Le plan marocain d'adaptation au changement climatique, le Plan Maroc Vert, repose sur deux piliers : l'utilisation durable des ressources existantes et l'utilisation accrue des énergies renouvelables.

Dans le cadre de la première stratégie, le plan Halieutis a été lancé, visant à une utilisation durable des ressources et une réduction de l'empreinte écologique du secteur de la pêche. Le plan repose sur le développement du secteur de la pêche et de l'exploitation de cette ressource à Dakhla, ce qui viole la reconnaissance par l'ONU du Sahara occidental comme "territoire non autonome". Cela crée un nouveau terrain pour le conflit, basé sur une base légale, où les Sahraouis ont une position favorable en vertu du droit international. Le Plan Maroc Vert implique également le projet de parc éolien de Foum El Oued, qui était en cours de révision pour le financement de la CCNUCC, qui suit une dynamique similaire. Ces processus, qui font partie du plan d'adaptation du Maroc au changement climatique, doivent être pris en considération pour que toute solution possible au conflit puisse émerger.

Globalement, le changement climatique et les adaptations à celui-ci renforcent et créent de nouveaux griefs pour le peuple sahraoui dans sa revendication de souveraineté. Le manque d'intérêt de la communauté internationale pour la résolution du conflit, et les bénéfices potentiels des ressources du Sahara Occidental entravent encore plus l’émergence des solutions internationales potentielles.

Pour aller plus loin :

https://www.ritimo.org/Carte-et-chronologie-sur-le-Sahara-occidental

https://www.crisisgroup.org/fr/middle-east-north-africa/north-africa/western-sahara/b82-time-international-re-engagement-western-sahara

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