Aghanistan, la démocratie a-t-elle échouée?

Quelles sont les implications des récents événements en Afghanistan pour la théorie et la pratique du développement ?

Est-ce la démocratie qui a échoué ?

Ce n'est pas la démocratie qui s'est effondrée en tant que telle en Afghanistan, mais le projet plus vaste de construction de l'État dans lequel elle s'inscrivait. Comme au Kosovo, au Cambodge, en Sierra Leone, en R.D. Congo ou au Timor Leste, la tâche confiée à l'industrie du développement en Afghanistan consistait à reconstruire les institutions de gouvernance nationales à la suite d'un conflit violent prolongé et de déplacements massifs de population. Cette tâche consistant à "réparer les États en faillite" et à reconstruire des démocraties libérales modèles a fait l'objet d'un article célèbre d'Ashraf Ghani lui-même. La tâche s'annonçait ardue, notamment en Afghanistan, où l'État est historiquement faible et a du mal à étendre son autorité au-delà de Kaboul. La démocratie était une composante de ces nouveaux États "plats" construits grâce à l'expertise internationale, et l'Afghanistan n'est pas le seul à avoir émergé avec une autorité, une autonomie fiscale ou un contrôle territorial faibles.

S'agissait-il de démocratie ?

L'intervention occidentale en Afghanistan n'avait pas pour but d'imposer la démocratie, mais de protéger la sécurité occidentale à la suite des attentats du 11 septembre. Cet objectif plus large nécessitait l'établissement d'un régime stable et pro-occidental à Kaboul. La démocratie avait un rôle important à jouer pour stabiliser le nouvel État, en lui apportant une légitimité nationale et internationale. Le fait que cela ne se soit pas déroulé comme prévu est évidemment une autre affaire : la démocratie électorale est souvent déstabilisante dans des contextes institutionnels fragiles. Elle a alimenté le ressentiment populaire en donnant du pouvoir aux seigneurs de la guerre et en générant une vaste machine de corruption clientéliste. La démocratie électorale en Afghanistan présentait tous ces défauts, mais aussi quelques réussites - mais sa naissance et sa mort n'y sont pour rien. Elle aurait pu continuer à vivre, avec tous ses défauts, comme l'ont fait de nombreuses démocraties imparfaites pendant des décennies. Mais au lieu de cela, elle s'est terminée, comme elle avait commencé, entièrement comme le sous-produit d'une décision militaire prise par le président américain.

La démocratie a-t-elle réellement échoué ?

Enfin, une bête noire. Dans l'évaluation d'impact, il existe ce que l'on appelle un "faux contrefactuel". Le succès ou l'échec d'une intervention politique, grande ou petite, ne devrait pas être jugé sur la base de comparaisons avant-après, basées sur la réalisation d'objectifs auto-déclarés qui peuvent être totalement irréalistes. Bruno Latour décrit comment "les projets n'échouent pas, ils sont échoués". Le succès ou l'échec peuvent être des désignations binaires très arbitraires basées sur ce que les personnes extérieures s'attendent à voir. Les paramètres de mesure, les objectifs et les dates butoirs qu'ils utilisent sont aussi étrangers et non pertinents aux réalités du terrain que les institutions qu'ils jugent. Ainsi, en réponse à l'idée que la démocratie a échoué en Afghanistan, je dirais : est-ce la bonne question à poser ?

 

 

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